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Avr 2019
Article rédigé par sonny / Chroniques


Titre : Les mille visages de notre histoire
Auteure : Jennifer Niven
Éditeur : Gallimard Jeunesse
Publication : 8 février 2018

Résumé: « Tout le monde croit connaître Libby Groby, pourtant, personne ne s’est jamais intéressé qu’à son obésité. Elle a longtemps vécu recluse dans sa chambre, cachant son corps et ses angoisses. Cette année, sa vie peut changer : Libby s’est inscrite au lycée. Tout le monde croit connaître Jack Masselin : étudiant rebelle, sexy… aux réactions imprévisibles. Sous son arrogance, Jack a enfoui un secret douloureux. Une histoire d’amour rédemptrice. Des ados justes et charismatiques et le courage de s’accepter tel que l’on est. »

Mon avis:
Les mille visages de notre histoire pourrait être une histoire d’amour banale entre deux lycéens. Mais pas du tout. Dès la première page, on apprend le grand secret de Jack. Étudiant que tout le monde apprécie, il cache sous son assurance un lourd secret. Jack souffre d’un trouble appelé prosopagnosie. Ce trouble l’empêche de reconnaître les visages. Même celui de ses proches. Avant ma lecture, je ne savais même pas que ça existait. Difficile de se dire que sur Terre, il y a des gens incapables de reconnaître les autres…

Libby Groby a elle aussi ses secrets et un passé un peu particulier. Devenue obèse après la mort de sa mère, la jeune fille a vécue recluse dans sa maison pendant un long moment avant d’être évacuée par les pompiers, qui ont dû abattre l’un des murs de sa maison. Beaucoup de monde se souvient de cet évènement, y compris Jack qui y a assisté. Libby, qui a perdu énormément de poids, décide de s’inscrire au lycée sans se douter de la belle aventure qu’elle va vivre.

Contre toute attente, dès le début de l’histoire, Jack décide de raconter ce qui lui arrive à Libby par le biais d’une lettre glissée dans son sac. Cette révélation est surtout sa façon de s’excuser pour participer au jeu débile qui se répand dans le lycée, « le rodéo de grosses ». La jeune fille devient donc, malgré elle, la seule personne à connaître son plus grand secret. Mais ce n’est pas pour ça qu’elle est prête à lui pardonner de l’avoir prise pour cible. Après cet événement, les deux ados, obligés de passer des heures ensemble dans un groupe de paroles, vont apprendre à se connaître et surtout à s’apprécier.

Jack, dont la vie est perturbée, trouve un certain refuge en Libby. La jeune fille lui vient d’ailleurs en aide plusieurs fois pour l’aider à savoir à qui il s’adresse. Pour la première fois depuis longtemps, il se sent compris et libre d’être lui-même. C’est un garçon courageux et aimant. Libby prend confiance en elle à ses côtés et accepte qu’un garçon puisse être attiré par elle. Avec Jack, elle s’ouvre et se confie sans soucis. Ils trouvent tous les deux un certain équilibre en l’autre. Contrairement à beaucoup de livres où les deux héros tombent amoureux en deux regards et trois paroles, celle de Libby et Jack se fait en douceur, laissant d’abord place à une très belle amitié. Leur histoire se révèle être vraiment attendrissante.

Libby est, je crois, l’un des personnages les plus vrais et les plus beaux qui ait été écrit. L’adolescente a des passions que tout jeune peut avoir, comme la danse. Elle rêve d’intégrer l’équipe de pom pom girl du lycée et passe même l’audition. Avec son passé douloureux, elle pourrait avoir tendance à raser les murs et se faire discrète, mais elle est tout le contraire. Libby est solaire, elle se montre et ose dire je suis là. Avant qu’on l’attaque sur son physique, elle préfère démarrer les hostilités et faire fermer les bouches. Son audace et sa force de caractère sont incroyables. Sa personnalité est pétillante.

Jack a tout du lycéen américain typique. Beau gosse, avec une petite amie sexy et une bande de potes, il n’a en apparence rien qui cloche. En apparence seulement. En plus de son trouble qui l’empêche de reconnaître les gens qui l’entourent, il fait face à un certain climat familial. Le mariage de ses parents bat de l’aile. Son père, qui a affronté le cancer, trompe sa mère avec l’une de ses professeurs. Son petit frère Dusty a une personnalité bien à lui, bien prononcé et Jack fait tout pour que rien ne l’empêche d’être qui il est. J’ai d’ailleurs adoré sa relation avec lui. Au long du roman, Jack lui construit un robot et c’était vraiment très mignon. J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteure a traité le trouble de Jack. Depuis le temps qu’il garde son secret, il a appris à reconnaître les personnes qui l’entourent grâce à de petits détails.

Si je dois retenir un passage de ce roman, c’est le moment où Libby est au volant d’une voiture pour la première fois. La jeune fille, qui a passé des mois enfermés sans pouvoir bouger, ne pensait pas pouvoir sortir de chez elle un jour. Et encore moins conduire. Assise dans cette voiture, le volant entre les mains, Libby se met à pleurer à joie. Elle se sent enfin libre et vivante. Ce passage est bourré d’émotions. J’ai ressenti ses émotions comme si j’étais à côté d’elle, sur le piège passager. C’est une scène vraiment forte et marquante pour moi.

Avec son ancien roman, Jennifer Niven nous avait déjà habitués aux personnages uniques et travaillés. Mais dans Les milles visages de notre histoire, elle a mis le niveau bien plus haut comme dans les thèmes abordés tout au long du roman. L’obésité, la grossophobie, les troubles neurologiques et l’adultère entre autres. Le livre est porteur d’un beau message et je pense qu’il peut parler à beaucoup de monde. L’acceptation de soi est quelque chose qu’il n’est pas facile à avoir de nos jours. La société actuelle est tellement basée sur le superficiel qu’il est difficile de s’assumer tel que l’on est, avec nos défauts et nos petites manies.

Concernant le style d’écriture, comme dans son ancien roman, c’est fluide et facile à lire. Les chapitres sont courts et alternent les points de vue, ce qui aide à comprendre ce que chacun des personnages ressent. Les mille visages de notre histoire se lit très rapidement, malgré ses 450 pages. Le petit bonus, si vous suivez un minimum l’auteure, vous savez qu’elle est une grande fan de la série Supernatural (tout comme moi !) et le livre y fait référence à plusieurs reprises. Et ça… J’adore !

Les milles visages de notre histoire, est vraiment une très belle lecture. Très émouvante et avec un super message, je pense que ce roman mériterait d’être lu par beaucoup de monde. J’aimerais beaucoup le savoir dans les bibliothèques des collèges et lycées. Il y a sa place.