Pour la troisième interview de mon blog, je remercie vivement la merveilleuse Séverine Mikan d’avoir accepté de répondre à mes questions.

INTERVIEW :

Tout d’abord, bonjour et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Peux-tu commencer par te présenter et nous parler de ton parcours en tant qu’auteur ?
Bonjour Sonny et merci à toi ! Oula que c’est dur de se présenter, j’ai toujours l’impression d’arriver dans un groupe de parole. Bon, hum, mon nom de plume est Mikan (cela se prononce « mikane »). Je tiens ce pseudo de mes années lycée. Une mikan en japonais c’est un genre de petite orange sucrée et assez acide (absolument aucun rapport avec mon caractère bien sûr). Je ne vais pas te faire le coup du « j’ai toujours écrit depuis que je suis gamine, c’est ma grande vocation » parce que non. D’accord comme toutes les ados j’ai écrit des scènars foireux et niais dans mes carnets intimes, mais sans autre idée que de me faire plaisir. L’idée de me lancer dans la rédaction d’un roman est arrivée plus tard. Ce n’est que durant mon Master que j’ai jeté les bases de ce qui allait être Paris,1899 dans la marge d’un cours de méthodologie. Et puis ensuite, pendant près de 10 ans, je n’ai écrit que pour des articles universitaires ou des parutions pour mon travail. En 2014, je me suis fait attraper par un fandom, ça a été violent, une immersion totale, une libération d’une certaine manière. C’est là que m’a repris l’envie d’écrire mes histoires. J’ai ressorti Paris,1899 et j’en ai fait un concept « une ville, une année » et ensuite tout s’est enchaîné jusqu’à la première parution en 2019.

Une question classique, mais d’où te vient l’inspiration pour tes romans ? Et pourquoi ce choix de la romance historique ?
Oh misère, je pourrais t’en parler des heures ! C’est pour cela qu’à la fin de mes romans je mets toujours quelques anecdotes dans les remerciements, comme pour un film j’aimerais tellement vous montrer le making of ! L’inspiration me vient de partout, mais surtout de mes émotions en réaction à des images, des lieux que je visite, des musiques… Cela tient un peu de l’alchimie, ça bouillonne et ça crée une impression et cette impression j’ai envie de la décrire. Par exemple pour New York,1954 c’était une sensation en sortant d’une séance de cinéma. Je venais de voir un film en noir et blanc se déroulant à New York, et une fois dehors dans la rue j’étais encore totalement immergée dans les images. Je suis rentrée chez moi et j’ai écrit tout le premier chapitre. J’avais l’impression de voir New York autour de moi, de la sentir picoter sur mes doigts, fallait que ça sorte. Si je fais de la romance historique c’est parce que j’ai cette déformation d’historienne que le temps présent ne m’est pas accessible. Il est en train de se produire alors c’est comme si je ne pouvais pas encore le décortiquer. Avec le passé c’est différent, c’est un terrain de jeux, une immense source d’inspiration. C’est comme un grand tissu dont on peut observer la trame, chaque fils qui s’entrelacent. Ma saga repose sur ce concept de « tissu mémoire ».

As-tu une routine d’écriture ? Un emploi du temps consacré à cette tâche ?
Un emploi du temps, non. Par contre, une routine, un peu. Déjà j’ai remarqué que pour être plus efficace il fallait que j’écrive en musique. Exclusivement de la musique de films. Je me mets dans l’ambiance comme ça et je trouve plus vite le rythme et les émotions car je suis extrêmement sensible à ce type de musique. Je fais énormément de recherches en amont de la rédaction et c’est pour ça aussi que j’ai une culture si médiocre en matière de littérature romance ou MM. Oui parce qu’en fait je n’ai pas le temps d’en lire ! Je ne lis pratiquement que des livres d’histoire, de socio ou des romans écrits à l’époque que je suis en train d’étudier afin d’essayer de capter l’état d’esprit de cette période. Pour Amsterdam,1732 par exemple je me suis taper tout Sade ! Cela n’a pas été une partie de rigolade, j’peux vous le dire !

À travers tes romans, tu parcours les époques. Si tu ne devais en choisir qu’une seule, dans laquelle rêverais-tu de vivre ?
Vivre ?! Oh Fichtre… aucune ! Les siècles passés sont une tannée pour les femmes et même pour les hommes aussi pour pleins d’autres raisons. Oui parfois je me rêverais bien en garçonne cigarette au bec dans le Berlin des années 20 ou en superbe cocotte de la fin du 19ème ou encore en artiste romantique des années 1830 qui va péter des fauteuils avec ses potes à la première d’Hernani. Et être à Woodstock défoncé et à moitié à poil à chanter sur du Joan Baez ! T’imagines le délire ! Esthétiquement, pour le fantasme : oui toutes ces époques sont dingues. Mais à vivre, en vrai, avec les contraintes sociales, les risques en tout genre, non. Je suis trop heureuse d’être au 21ème siècle et de profiter des libertés acquises avant moi.

Je crois que tu as d’autres passions en dehors de l’écriture, peux-tu nous en parler ? Est-ce que ces autres passions se retrouvent dans tes écrits ?
Le terme « passion » me gratouille toujours parce que déjà l’écriture pour moi ce n’est pas une passion, c’est un moyen. Un outil. Je fais également de la photographie, un peu de dessin et de peinture, ce sont d’autres outils. Ces outils me servent à… euh…explorer j’dirais. Ou à retranscrire ce que je vois, à essayer tout du moins. En fait, si je devais trouver ce qui se rapproche le plus d’une passion, au sens très littéral, ça serait le besoin d’apprendre. J’ai besoin d’apprendre des choses, tout le temps. Sinon je deviens neurasthénique. Et du coup, oui ça se retrouve dans mes écrits parce que je fais sans arrêt des petites recherches sur tout un tas de sujets à la noix. D’ailleurs, c’est pour cela que je vous mets une foultitude de notes de bas de page dans mes romans. C’est que j’ai envie de vous faire partager mon euphorie de savoir que « oui, la vaseline ça existait en tube en 1954 ! ».

Je sais que beaucoup de lecteurs s’intéressent également à l’envers du décor. Quel est le moment que tu préfères dans le processus de publication ?
Je crois que c’est sans conteste le travail sur les couvertures de mes romans. Elles ont la particularité d’être des couvertures illustrées. C’est une vraie denrée rare en ce moment pour plusieurs raisons, déjà parce que c’est moins vendeur qu’une photo de torse ! Et oui. Et puis parce que cela demande beaucoup d’investissement en temps et en argent. Donc quand on veut une couverture illustrée, il faut en avoir conscience. Ceci étant dit, travailler à l’élaboration d’une belle couverture illustrée est un plaisir immense. Dans mon cas, l’artiste qui réalise mes couvertures se nomme Yooichi Kadono. Pour les amateurs de mangas yaoi, elle a débuté en collaborant avec le duo Guilt Pleasure mondialement connu pour son titre In these words. Pour chaque couv’, je lui envoie plusieurs mois avant un dossier iconographique d’une 20aine de pages avec tout : depuis le pantone de couleurs que je veux jusqu’au type de vêtements d’époque en passant par des vues des villes, des extraits de textes, et tout cela traduit en japonais parce que l’anglais n’est vraiment pas sa tasse de thé. Ensuite, elle fait des esquisses qu’elle m’envoie, je lui renvoie mes remarques, elle retravaille des détails, et petit à petit la couverture prend forme. Mais le moment que je préfère c’est au début, lorsqu’elle travaille sur les deux héros, lorsqu’elle m’envoie leurs portraits pour la première fois. J’ai l’impression de les rencontrer en vrai, c’est très émouvant ! Lorsque j’ai découvert Johan (le héros d’Amsterdam,1732) j’en avais les larmes aux yeux.

Extrait du moodboard de Paris 1899 et du travail de croquis avec Y. Kadono

Quel rapport entretiens-tu avec tes lecteurs ? Est-ce que tu réagis à leur chronique, leur photo ?
Pour faire court : j’essaye d’être présente sans non plus être trop présente. Là-dessus je suis aidée par le fait que je n’ai pas de smart-phone et que je ne suis inscrite sur les réseaux sociaux que depuis une paire d’années. On me retirera pas de l’idée qu’être un écrivain publié cela implique un certain degré de narcissisme alors oui les chroniques, les photos, les petits mots enthousiastes que je reçois m’encouragent énormément et me réconfortent quand je suis patraque. Lorsque je lis que ce que j’écris vous plait ou vous touche j’ai envie de faire encore mieux, de faire plus complexe, de vous surprendre. Cela me fait redoubler d’efforts.

As-tu une anecdote à nous raconter concernant tes rencontres en salon ?
Alors là, il y en a des chouettes ! J’adore les salons, ce moment d’échange en direct c’est un vrai bonheur. Mais bref, c’était à LivreParis 2019, mon premier roman venait juste de sortir et j’étais totalement flippée parce que bon, publier de la littérature érotique gay c’est pas… enfin… faut assumer on va dire. Et donc, j’étais là en dédicace, tranquilou et arrive dans la file une dame, une authentique petite grand-mère à chignon et cheveux argentés avec Paris,1899 dans les mains. Elle me le tend en me disant « Alors il y a des beaux costumes et de l’amour dans votre livre ». Et moi chuis rouge comme une pivoine et je lui réponds « oui, enfin il y a aussi, euh…enfin c’est-à-dire que c’est très…euh… c’est des garçons fougueux et… ils ne passent pas leur temps à ramasser des marguerites, voyez. ». Et je me disais, là c’est sûr elle va le reposer en me sortant une excuse. Et bien, elle m’a regardé, elle a souri et elle m’a dit avec une spontanéité désarmante « oh parfait parce que vous savez je suis veuve alors le soir dans le lit faut bien que je me réchauffe ! ». J’étais estomaquée. Merci, Madame. Depuis cette phrase, j’assume TOTALEMENT ce que j’écris !

As-tu d’autres projets pour l’après Fragments d’éternité ?
Pour l’après, non. Pour moi cette saga c’est un but en soi et un très gros boulot de construction et je n’aime pas me disperser. Par contre, comme projet parallèle, je voudrais la faire traduire en anglais. Cela me trotte dans la tête depuis un bout de temps et je tenterais bien l’aventure de l’international. De nos jours, les auteurs ont cette chance de pouvoir partager leurs œuvres d’un bout à l’autre de la planète et de toucher des personnes qu’une moitié de terre sépare d’eux. Je trouve cela magique, et je voudrais le vivre.

Enfin, peux-tu nous en dire plus sur le prochain tome de ta saga Fragments d’éternité ?
Ahahah, filoute ! Alors qu’est-ce que je pourrais dire sans divulgâcher ? Et bien déjà, je pense qu’il devrait sortir au printemps 2022. Oui, ça va prendre un peu de temps pour deux raisons principales. La première est que le schéma narratif que j’ai choisi est affreusement complexe à élaborer. L’histoire va fonctionner par échos, présent-flashback-présent-flashback, comme dans un biopic et que je passe un temps fou à faire et refaire ma ligne de narration. La seconde raison c’est que ce nouvel épisode ne sera pas publié dans la même maison d’édition que précédemment, il va donc me falloir prendre mes marques et m’adapter à un nouveau fonctionnement. Mais on garde tout ce qu’il y a de bon : les couvertures illustrées par Yooichi Kadono, les notes de bas de page, les descriptions lyriques et les scènes d’amour qui font battre le cœur ! Alors, j’espère que vous me suivrez dans cette nouvelle aventure !

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